Souvenir, souvenir...

TOPO (1979.1980)

PATCHWOK (1980.1981.1982.1983)

 

C’était décontracté, joyeux, et cela pouvait sembler improvisé, mais c’était en fait souvent très travaillé, calé au millimètre près (les lancememts de magnétos, les jingles, les interventions de l’un ou l’autre); c’était parfois même très écrit. C’était en quelque sorte de l’improvisation under control et nous aimions çà. Si la préparation des émissions pouvait s’avérer à l’occasion lourde et studieuse, l’animation à l’antenne restait pour nous une ludique récompense. Nous y prenions un réel plaisir. Beaucoup de plaisir. Nous rentrions en studio comme si nous entrions en scène, avec un total engagement dans nos personnages. La distribution des rôles nous allait, nous l’avions choisie et même peaufinée au fil des émissions. 

 

Je n’ai jamais retrouvé plus tard le plaisir si particulier que procure l’animation radiophonique, en duo. Certes, la télévision à ses plaisirs propres, mais le dispositif technique est toujours lourd et le plaisir en partie lié à la victoire sur le stress qu’il génère. En télévision, tout ou presque s’oppose à la décontraction. Rien de tel à la radio ou tout est infiniment plus léger et peut devenir, quand vous êtes en phase avec votre partenaire, un véritable jeu. Le terrain est bien sûr balisé – chacun a son rôle –, mais il s’agit de rebondir sans cesse sur les propos de l’autre. C’est une forme d’improvisation musicale. Vous prenez la balle au bond sur une pause, un clin d’œil. Vous la renvoyez. Et vous attendez pour la saisir à nouveau. Dans les meilleurs moments vous parlez vraiment à deux voix ! C’est assez proche de l’écoute attentive que peuvent se porter deux musiciens qui improvisent sur un thème. Il y a un début convenu (qui reprend le micro derrière le disque) et une fin prévue (qui lancera le prochain magnéto), entre les deux c’est free style avec des passages de relais obligatoires, les uns soigneusement préparés, les autres improvisés et un peu chahutés ! Et comme entre deux musiciens, un swing peut naître de cette complicité. C’est peu de dire que la radio est une affaire de rythme et que l’on peut y être heureux en duo, à jouer ensemble.                                                             

 

Notre plaisir d’animateurs-radio se trouve aussi renforcé du sentiment d’être au diapason avec certaines tendances de l’époque, de donner la parole à des gens dont nous nous sentons proches et dont nous apprécions pour beaucoup les initiatives. Nous cherchons à nous faire l’écho d’une communauté d’esprit dont nous partageons les aspirations, voire les idéaux ­– même s’ils sont en partie fantasmés ! ­– et cela nous va. Nous sommes des médiateurs heureux.